« Nos paysages peuvent être vendus partout dans le monde comme destinations touristiques »

Il y a beaucoup de choses, de paysages qui sont en voie de disparition et je me suis dit qu’en tant que photographe, il était de mon devoir de les immortaliser pour les générations futures.

Pour cela, je me suis rendu au nord du pays. Ce n’est pas la première fois que je vais au nord, mais cette fois, j’avais vraiment pour souci de conserver par l’image des traces de notre culture que la modernisation est en train d’emporter. Par exemple, beaucoup ne le savent pas mais les « tata sombas » (fermes fortifiées des Bétamaribés reconnues comme des trésors architecturaux) originales sont en train de disparaitre.

C’est pour photographier ce type de vestiges de nos traditions que je me suis rendu à Djougou, à Kota puis à Koussou et à Boukoumbé, entre autres.

Comme à chaque fois, j’ai prospecté un peu auprès des personnes ressources avant de me rendre dans la région. Habituellement, Je m’intéresse aux difficultés des populations qui peuvent constituer des sujets de photographie. Mais malgré ça, on n’est jamais à l’abri des surprises car on ne sait jamais exactement ce qu’on va trouver.

Mon bus s’est arrêté à Bougou une ville pas très loin de Djougou que j’ai ensuite quitté pour Kota, où on peut apercevoir de magnifiques chutes. De là, je me suis rendu à Copargo, Perma et Natitingou jusqu’a aller a Tanguiéta. Ensuite je suis allé à Tanéka-Koko, puis je me suis rendu dans un village nommé Koussoukoingou « Koussou », qui est censé n’avoir que des tata sombas comme habitations. Evidemment les tata sombas, c’est ce qui saute à l’esprit quand on veut photographier des bâtiments culturels dans la région.

Donc, les tata sombas étaient mes principales cibles, mais pas les seules. A Koussou, j’ai été surpris de constater qu’on ne pouvait plus trouver de tata sombas authentiques. On pouvait en trouver construites avec des matériaux modernes, mais en trouver une construite sur le modèle originel s’est révélé être une tâche très compliquée, voire impossible. Le progrès de la modernisation dans ces zones est effrayant. J’ai dû me rendre plus loin, à Boukoumbé, pour trouver une authentique tata somba déjà sur le point de se détériorer.

Après, je me suis rendu dans un village du nom de Yarekerou ou j’ai passé quatre jours et dormi 3 nuits sur le territoire d’un petit groupe de bergers peuhls. Durant ces pérégrinations, j’ai découvert de très beaux paysages. Au passage, le Bénin pourrait vraiment être une destination touristique de rêve si les autorités s’intéressent un peu plus à certaines localités. Pour en revenir aux Peuls, arrivé sur leurs terres, j’ai fait du camping comme à mon habitude. J’ai reçu l’aide de quelques hommes pour retirer les mauvaises herbes du terrain sur lequel j’ai installé ma tente.

Les Peuls que j’ai rencontré préfèrent vivre dans la brousse parce qu’ils y trouvent plus de karité, qu’ils transforment en beurre, et aussi à cause de leurs troupeau de bœuf. C’est la période de récolte de ce fruit. Au début, le contact a été un peu compliqué mais j’ai réussi à leur expliquer le but de mon voyage et après ils m’ont laissé prendre des photos.

Lors de mon périple,mon principal obstacle a été le soleil. Je n’ai pas de filtre contre le soleil et vu qu’à 11h30mn il est déjà haut dans le ciel et affecte de manière importante la qualité de mes photos, je devais me lever très tôt pour faire des photos. Ensuite, c’est vrai, nouer le contact avec les Peuls et leur faire accepter de se laisser prendre en photo a été plutôt difficile. Habituellement, il suffit que je reste une journée ou deux avec les riverains, que je partage leurs repas et que je leur explique ce que je fais pour qu’on me laisse prendre des photos.

Cette fois également j’ai procédé de la même manière mais j’ai fait face à un scepticisme plus véhément. Je me rappelle qu’un mari jaloux que je prenne sa femme en photo dans leur concession était sur le point de me découper en morceaux. Je n’ai eu la vie sauve que grâce à un ainé du village qui a observé la scène. Ce dernier a expliqué au mari que je ne faisais que des photos. Après ces quelques incidents j’ai fait de nombreuses photos, pris de nombreux portraits de Peuls sans grande difficulté. J’ai beaucoup aimé les photos avec lesquelles je suis revenu.

J’ai même été surpris de découvrir des paysages d’une beauté qu’on ne soupçonne pas. Je pense que nos paysages peuvent être vendus partout dans le monde comme destinations touristiques. J’ai des images qui, à mon humble avis, auront beaucoup de valeur même dans 20 ans.

Dans les prochains jours, je compte retourner dans les villages que j’ai parcourus pour montrer aux habitants leurs photos. C’est important pour moi que les personnes que je photographie puissent voir ce que je fais de leur image. Aussi je voudrais faire une collecte de vêtements pour les enfants de la région. Après cela, je vais me trouver une nouvelle destination, une nouvelle brousse ou planter ma tente et de nouveaux paysages pour déclencher mon appareil. Je suis toujours à l’affut de nouvelles images originales et je ne peux pas encore dire exactement où j’en trouverai.

 

Game Over.

Crédit photo: Yanick Folly

Fixeur: Donne Hounz